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Se connaître vraiment : pourquoi on répète toujours les mêmes schémas avec Isabelle Pagé

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Ce que tu vas découvrir dans cet épisode

Dans cet épisode d’Un café avec Judith, Isabelle Pagé revient sur la démarche derrière son livre Je suis où? et sur la manière dont cette question peut devenir un véritable point d’ancrage dans une vie qui va trop vite. Elle parle des niveaux de conscience, de ce qui nous ramène constamment dans les mêmes patterns, puis de l’importance de ralentir assez pour voir ce qui se passe réellement en nous. Elle aborde aussi la différence entre vouloir se changer et apprendre à se rencontrer pour vrai. Puis tranquillement, au fil de la conversation, quelque chose se clarifie : la paix ne vient peut-être pas du fait de se réparer une bonne fois pour toutes, mais plutôt d’apprendre à mieux s’accueillir quand la vie nous ramène encore aux mêmes places.

Les grands thèmes abordés

Cet épisode tourne autour de plusieurs lignes de force très nettes. On y parle de conscience de soi, d’introspection, de transitions de vie, d’émotions, d’intuition, de sentiment d’imposteur, de blessures intérieures, de relations, de lenteur, puis de cette tension constante entre la tête et le reste de nous. On y parle aussi de ce qu’on cherche quand on veut aller mieux : est-ce qu’on veut vraiment se transformer, ou est-ce qu’on veut surtout arrêter d’avoir mal? En filigrane, il y a une question qui revient tout le long : qu’est-ce qui change quand on arrête enfin de se demander comment devenir une meilleure version de soi pour commencer à se demander, plus simplement, plus honnêtement, où on est rendu en dedans?

1. Le vrai point de départ, ce n’est pas “comment aller mieux”. C’est “je suis où?”

Une des idées les plus fortes de cet épisode, c’est la simplicité désarmante de la question qu’Isabelle Pagé propose : je suis où? Pas où dans mon agenda. Pas où dans ma carrière. Mais où en dedans. Est-ce que je suis dans mes peurs, dans mes doutes, dans ma comparaison, dans ma gratitude, dans mon ouverture? Plus elle en parle, plus on comprend que cette question-là agit comme un point d’ancrage. Elle nous ramène à l’endroit réel d’où on part avant d’agir, avant de parler, avant de réagir.

Et ça change tout. Parce que si j’entre dans une situation avec l’impression que je dois impressionner, performer ou être à la hauteur, je n’offrirai pas du tout la même présence que si j’arrive déposée, disponible, capable de recevoir l’autre. Toute la conversation repose là-dessus : avant de vouloir changer quoi que ce soit, il faut d’abord voir d’où on agit. Et déjà, dans une période de transition de vie, cette lucidité-là peut devenir une forme de soulagement.

2. Les mêmes patterns reviennent souvent parce qu’ils vivent encore quelque part en nous

Un autre fil très fort de l’épisode, c’est tout ce qu’Isabelle nomme autour des blessures intérieures. La culpabilité, l’abandon, le rejet, le sentiment d’imposteur. Elle n’en parle pas comme de grands concepts théoriques, ni comme de problèmes qu’on règle une fois pour toutes. Elle en parle comme de zones sensibles. Des endroits en nous où on peut encore glisser, surtout quand la vie nous déclenche ou nous confronte à quelque chose de plus grand que nous.

C’est là que son image des îles cabrune devient particulièrement parlante. On en a toutes. Et quand on ne sait pas qu’elles existent, on tombe dedans sans comprendre ce qui nous arrive. Mais quand on commence à les reconnaître, quelque chose change. On ne devient pas soudainement guérie. On devient simplement plus consciente. Plus capable de voir qu’on est en train de retomber dans un vieux réflexe, puis un peu plus capable de se tenir compagnie au lieu de se taper sur la tête.

3. Les niveaux de conscience ne servent pas à classer les gens. Ils servent à se voir agir

L’épisode tourne beaucoup autour des niveaux de conscience, mais ce qui est intéressant, c’est qu’Isabelle prend soin de dire que ce n’est pas une façon d’étiqueter les autres. Ce n’est pas un système pour juger qui est plus évolué que qui. C’est un outil pour s’observer soi-même. Pour voir à quel endroit on se trouve dans une relation, dans une réaction, dans un conflit, dans un moment où quelque chose accroche.

Elle décrit des espaces très concrets : le niveau où l’égo prend toute la place, celui où le rapport à l’autre devient une lutte, puis celui où on commence enfin à prendre responsabilité de ce qu’on vit. Ce qui est fort, c’est que tout ça reste profondément ancré dans le quotidien. On parle de couple, de besoins non nommés, de reproches, de peurs, de défensives. Bref, on parle de ce qui se passe réellement entre humains quand on n’est plus capables de se voir clairement.

4. On veut souvent se réparer, alors qu’on aurait peut-être surtout besoin de s’accueillir

Un des passages les plus justes de l’épisode arrive quand Judith parle de cette impression qu’on peut avoir d’avoir “fait le travail”. Comme si, à force de conscience et d’introspection, on finissait par obtenir une forme de diplôme intérieur. Comme si certaines blessures devaient un jour être officiellement réglées. Puis la vie revient, quelque chose se rouvre, une émotion remonte, et tout ce qu’on croyait dépassé recommence à bouger.

C’est là qu’Isabelle amène quelque chose de vraiment puissant : peut-être que le problème, ce n’est pas qu’on retombe. Peut-être que le problème, c’est qu’on croit qu’on ne devrait plus jamais retomber. Toute sa réflexion va dans ce sens-là. Le bonheur n’est pas un état parfait sans vagues. C’est peut-être davantage la capacité d’être présente à ce qui est, sans se juger, sans se brutaliser, sans transformer chaque rechute en preuve d’échec personnel.

5. La lenteur, l’intuition et la complicité avec soi : peut-être que c’est ça, le vrai chemin

Vers la fin, l’épisode revient souvent à la lenteur. Pas comme concept abstrait, mais comme condition essentielle pour se voir réellement. Isabelle le dit clairement : quand on va trop vite, on ne voit plus les pancartes. On ne sent plus ses besoins. On n’entend plus son intuition. On reste dans la tête, dans le contrôle, dans l’action, sans prendre le temps de regarder ce qui se passe en dedans. Et plus on vit comme ça, plus on risque de s’éloigner de soi.

C’est aussi là qu’arrive une des plus belles idées de la conversation : la complicité avec soi-même. Être complice avec soi, c’est ne pas s’abandonner quand le doute revient. C’est apprendre à se parler autrement. C’est rester de son bord, même quand on se sent fragile, déclenchée ou perdue. Et au fond, c’est peut-être ça que l’épisode laisse comme impression durable : on n’a pas besoin d’être parfaitement réparée pour avancer. On a surtout besoin de devenir un peu plus habitable pour soi-même.

Qui est Isabelle Pagé?

Isabelle Pagé est autrice, communicatrice et mère de quatre enfants. Elle a travaillé pendant de nombreuses années en télévision, notamment autour des enjeux familiaux, puis elle a récemment coécrit avec Luc Doyon le livre Je suis où?, une démarche autour des niveaux de conscience, de l’intuition, de la connaissance de soi et du sens qu’on cherche à donner à nos expériences. Dans l’épisode, elle parle autant comme femme que comme autrice : avec chaleur, avec clarté, puis avec cette capacité rare de rendre accessibles des choses profondément intérieures.

Mais dans cette conversation, ce n’est pas juste son parcours qu’on découvre. C’est surtout une femme qui refuse les recettes faciles. Une femme qui ne parle pas de performance émotionnelle, mais de présence. Qui ne promet pas qu’on va cesser d’être déclenchée, mais qui nous rappelle qu’on peut apprendre à se voir glisser avant de se perdre complètement. Et c’est probablement ça, au fond, qui rend cet épisode aussi fort : il ne cherche pas à nous convaincre qu’on peut enfin devenir quelqu’un d’autre. Il nous invite plutôt à revenir vers qui on est déjà, avec un peu plus de conscience, un peu plus de douceur, puis beaucoup plus de vérité.