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De coiffeuse à entrepreneure : le parcours de Marie-Anne Labrie (Pink La Blonde)

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Ce que tu vas découvrir dans cet épisode

Dans cet épisode d’Un café avec Judith, Marie-Anne Labrie raconte comment une passion très précise pour le blond est devenue Pink La Blonde. Bien avant que le personal branding devienne une stratégie dont tout le monde parle, elle publiait déjà son travail sur Instagram, montrait ses techniques et éduquait sa clientèle. Pas parce qu’elle avait élaboré un funnel sophistiqué. Parce qu’elle aimait profondément ça. À force de constance, cette visibilité lui a permis de bâtir une clientèle, de lancer des formations, d’ouvrir son propre salon et éventuellement de créer plusieurs sources de revenus autour de son expertise.

Mais la conversation devient surtout intéressante quand on quitte la croissance pour parler de ce qu’elle coûte. Marie-Anne parle sans détour de ses premières années comme entrepreneure, de décisions prises par peur, de son besoin de tout contrôler, de son épuisement et de la difficulté de devenir la patronne de personnes qui sont parfois aussi ses amies. Elle raconte également une période plus personnelle où une rupture l’a laissée sans plusieurs des repères autour desquels elle avait construit sa vie. Aujourd’hui, elle bâtit encore grand. La différence, c’est qu’elle essaie de ne plus tout porter seule.

Les grands thèmes abordés

L’épisode traverse plusieurs dimensions de l’entrepreneuriat de Marie-Anne Labrie : la création de Pink La Blonde, le personal branding, la coiffure au Québec, l’indépendance financière, les réseaux sociaux, la constance en marketing, la délégation, le leadership, la gestion d’équipe et le commerce électronique. On comprend aussi comment une expertise extrêmement nichée peut devenir le point de départ d’une marque beaucoup plus grande lorsqu’elle est soutenue par une vision claire et des années de répétition.

Mais derrière la croissance de Pink La Blonde, il y a surtout une conversation sur l’identité. Marie-Anne adore travailler. Elle assume son ambition et ne cherche pas à prétendre que sa carrière occupe une petite place raisonnable dans sa vie. En même temps, les dernières années l’ont obligée à distinguer ce qu’elle est capable de faire de ce qu’elle devrait réellement continuer à faire. Quand on a construit une grande partie de son identité autour de son travail, comment continue-t-on d’être ambitieuse sans devenir prisonnière de ce qu’on a soi-même créé?

1. Avant Pink La Blonde, il y avait surtout une envie de ne dépendre de personne

Marie-Anne Labrie ne raconte pas son ambition comme une vocation entrepreneuriale apparue à huit ans. Elle ne rêvait même pas nécessairement d’avoir son propre salon. Ce qu’elle savait, c’est qu’elle voulait une grande carrière et une indépendance financière. En regardant sa mère dépendre des hommes, elle s’était fait une promesse assez simple : elle ne voulait jamais se retrouver dans cette position. Partie de chez elle à 16 ans, travailler fort n’était donc pas uniquement une question d’ambition. Il y avait derrière ça un besoin beaucoup plus profond d’autonomie et de sécurité.

Lorsqu’elle commence en coiffure à Shawinigan, son ambition prend une forme très concrète : elle veut être excellente. Passionnée par le blond, elle se spécialise presque naturellement, sans réaliser immédiatement la puissance commerciale d’une niche. Puis Montréal agrandit son terrain de jeu. Elle travaille énormément, dit oui aux occasions et comprend progressivement que son nom peut générer de la valeur au-delà des heures passées derrière une chaise. Sa clientèle se remplit des mois à l’avance. Les autres coiffeurs du salon profitent de la demande qu’elle crée. Des marques commencent à l’approcher. C’est là que quelque chose bascule : son talent peut devenir une entreprise.

2. Elle n’a pas bâti son personal branding avec un coup viral, mais avec des milliers de répétitions

Aujourd’hui, on pourrait regarder l’univers visuel de Pink La Blonde et croire que Marie-Anne a toujours maîtrisé les codes du contenu. Elle est la première à rire de cette idée. Ses vieilles publications Instagram sont encore en ligne et elle encourage même les gens à aller les voir. Son point est simple : elle n’était pas particulièrement bonne au départ. Elle l’est devenue parce qu’elle a publié encore et encore depuis 2015. Des avant-après, des vidéos pendant les rendez-vous, des conseils, ses passions, ses journées. À une époque où le contenu était beaucoup moins calculé, elle documentait déjà sa vie et son travail.

Cette répétition est devenue une stratégie avant même qu’elle la considère comme telle. À chaque cliente, elle pensait au résultat, mais aussi à la façon de le montrer. Le téléphone sur le trépied. L’avant. Le pendant. L’après. Le bon angle, le bon arrière-plan, jusqu’au chandail de la cliente si celui-ci nuisait à la photo. À force de montrer des blondes, elle est devenue dans l’esprit des gens « la fille du blond ». C’est ce qu’elle appelle aujourd’hui son marketing de constance : moins obsédé par la viralité que par la construction patiente d’une audience qui comprend exactement ce que représente la marque. Et derrière cette philosophie se cache une conviction assez peu glamour, mais difficile à contourner : pour devenir bonne, il faut accepter d’être mauvaise assez longtemps pour accumuler les répétitions.

3. Devenir la boss lui a appris que réussir quelque chose ne veut pas dire aimer le gérer

Quand Marie-Anne ouvre son salon, elle découvre rapidement que performer comme coiffeuse et diriger une entreprise sont deux métiers complètement différents. Elle passe d’un rôle où elle se sent forte, créative et naturellement leader à celui de patronne. Tout à coup, chaque décision a une conséquence humaine et financière. Avec une trentaine d’employés, même décider combien de jours fermer pendant les Fêtes peut décevoir quelqu’un. Et pour une personne sensible qui aimerait instinctivement que tout le monde soit heureux, cette réalité devient lourde à porter.

Les deux premières années, elle le dit franchement : elle n’a pas eu beaucoup de fun. Elle continue à faire des clientes plusieurs jours par semaine tout en gérant le salon, l’éducation, le commerce électronique et une équipe grandissante. Elle se brûle. Puis un de ses exercices de vision lui fait réaliser quelque chose d’important : la gestion quotidienne du salon lui prend énormément d’énergie sans être l’endroit où elle s’épanouit le plus. L’arrivée d’une gestionnaire pour prendre en charge les opérations et les ressources humaines change complètement son rapport à l’entreprise. Déléguer cesse tranquillement d’être une menace. Ça devient une façon de revenir vers ce qu’elle fait réellement de mieux.

4. Sa période la plus désordonnée l’a forcée à se demander qui elle était sans son travail

Au même moment où elle apprend à devenir entrepreneure, la vie personnelle de Marie-Anne éclate. Elle se sépare de l’homme avec qui elle pensait terminer sa vie. Elle perd du même coup son couple, son condo, son chien et une partie de la stabilité qu’elle associait à sa vie adulte. Elle a 25 ans, vient de lancer son salon et doit continuer à se présenter comme la meilleure version d’elle-même alors qu’intérieurement, elle se sent complètement désorientée. Elle déménage au centre-ville, sort beaucoup, fait moins de sport, dépense davantage et traverse ce qu’elle décrit elle-même comme une année « messy ».

Cette période fait apparaître une question qui n’est toujours pas complètement réglée : qui est Marie-Anne Labrie en dehors de Pink La Blonde? Elle aime réellement travailler. Pas seulement le résultat ou la reconnaissance. Le travail lui-même. À ses yeux, passer une journée sur un projet peut être aussi excitant qu’un voyage ou une journée de snowboard. Elle reconnaît néanmoins avoir besoin de structure, de routine et de repères pour se sentir sur son X. Et elle parle aussi d’une solitude particulière de l’entrepreneuriat : quand plusieurs de tes amis sont aussi tes employés, tu ne peux pas nécessairement déposer auprès d’eux tes inquiétudes sur l’entreprise. Aujourd’hui, son conjoint, sa gestionnaire et une équipe plus solide lui permettent de ne plus avoir l’impression que tout repose uniquement sur elle.

5. Pink La Blonde est en train de devenir beaucoup plus qu’un salon de coiffure

Après cinq ans à développer le salon, Marie-Anne sent maintenant qu’elle arrive à un autre chapitre. Le Pink La Blonde Club a atteint une certaine maturité et son attention se déplace vers de nouvelles avenues de croissance. Après avoir développé l’éducation en coiffure, d’abord en ligne puis en présentiel jusqu’à donner des formations à l’international, elle travaille maintenant à faire de Pink La Blonde une marque qui peut exister bien au-delà du salon. Avec Pink La Blonde Atelier, elle développe des produits premium pensés pour accompagner le quotidien : une robe de chambre, des accessoires pour cheveux et éventuellement d’autres objets qu’elle veut concevoir avec le même niveau d’obsession qu’elle appliquait autrefois à une couleur de cheveux.

Ce qui est révélateur, c’est l’échelle à laquelle elle pense désormais. Elle ne veut pas simplement ajouter des produits portant son logo. Elle parle de créer le sac parfait pour les femmes occupées, travaille avec un designer italien et rêve de développer une brosse capable de rivaliser avec les références haut de gamme du marché. L’ambition n’a donc pas diminué avec les années. Elle semble même avoir grandi. Ce qui a changé, c’est la posture derrière cette ambition. Au début, plusieurs décisions étaient alimentées par la peur : remplir une chaise vide, couvrir la masse salariale, éviter que quelque chose casse. Aujourd’hui, Marie-Anne dit décider davantage à partir de la confiance. Elle continue d’avancer vite, mais elle n’a plus besoin de tenir chaque morceau de l’entreprise dans ses propres mains pour croire que tout va fonctionner.

Qui est Marie-Anne Labrie?

Marie-Anne Labrie est coiffeuse, entrepreneure et fondatrice de Pink La Blonde. Originaire de Shawinigan, elle quitte sa région pour Montréal et développe rapidement une expertise reconnue dans les cheveux blonds. Grâce aux réseaux sociaux, à l’éducation et à une approche très forte du personal branding, elle bâtit une clientèle importante avant d’ouvrir son propre salon. Elle développe ensuite le Pink La Blonde Club, forme des professionnels de la coiffure au Québec et à l’international, construit une équipe d’environ 35 personnes et lance Pink La Blonde Atelier, une nouvelle branche consacrée à des produits lifestyle premium.

Mais ce qui ressort de cette conversation n’est pas seulement sa capacité à construire une marque. C’est cette combinaison assez particulière de discipline, d’intuition, de sensibilité et d’intensité. Marie-Anne aime travailler pour vrai. Elle aime construire, apprendre, recommencer et pousser une idée plus loin. Son défi n’a jamais vraiment été de trouver de l’ambition. Il a plutôt été d’apprendre quoi faire de toute cette ambition sans devoir tout contrôler, tout absorber et tout réussir elle-même. Et peut-être que le prochain chapitre de Pink La Blonde commence précisément là : avec une entrepreneure qui n’a plus besoin de prouver qu’elle peut tout faire seule.