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Créer une communauté plutôt qu’un simple projet immobilier avec Laurence Archambault

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Ce que tu vas découvrir dans cet épisode

Dans cet épisode d’Un café avec Judith, Judith reçoit Laurence Archambault pour parler d’entrepreneuriat immobilier, d’instinct, de financement et de cette étrange solitude qui vient avec le fait de porter un projet beaucoup plus gros que soi. Laurence raconte les quatre années derrière Opale : les études, les permis municipaux, la route à construire, le financement à trouver, les prêteurs à convaincre, les partenaires potentiels qu’elle a finalement refusés et toutes ces décisions prises alors qu’elle apprenait encore à devenir promotrice immobilière.

Mais la conversation va surtout ailleurs. Elle touche à ce qui arrive quand notre ambition avance plus vite que notre capacité à réaliser tout ce qu’on accomplit. À la difficulté d’assumer ses forces. À la pression de ne pas décevoir ceux qui nous font confiance. Puis à cette tendance très entrepreneuriale à habiter constamment trois ans dans le futur. Laurence parle sans prétendre avoir compris la recette. Elle est encore en plein dedans. Et c’est justement ce qui rend son regard aussi intéressant.

Les grands thèmes abordés

L’épisode traverse plusieurs facettes de l’entrepreneuriat immobilier au Québec : le rôle de promoteur immobilier, le financement d’un développement, les relations avec les municipalités, la construction de chalets, la création d’une communauté et la protection du territoire. À travers le projet Opale dans Lanaudière, Laurence Archambault défend aussi une autre vision du développement immobilier, où la rentabilité peut cohabiter avec la créativité, la nature et une certaine idée du vivre-ensemble.

Mais derrière l’immobilier, il est surtout question d’instinct entrepreneurial, de syndrome de l’imposteur, de maternité, de solitude et de confiance. Laurence avance vite, pense loin et assume de plus en plus sa manière atypique de faire des affaires. Pourtant, une tension demeure : comment continuer à avoir assez confiance en soi pour prendre de grandes décisions sans laisser la responsabilité envers les autres devenir un poids impossible à porter?

1. Elle a acheté un terrain avant d’avoir toutes les réponses

Laurence n’est pas arrivée dans l’immobilier avec un plan de carrière soigneusement construit. Elle a travaillé pendant environ cinq ans pour un promoteur immobilier, où elle a rapidement obtenu beaucoup de responsabilités. Elle y découvre un univers très concret : on part de presque rien, on développe un terrain, on construit, puis un jour des gens y habitent et en font un morceau de leur vie. Avant même Opale, elle avait déjà acheté son premier condo à 19 ans, rénové, vendu, investi et construit un chalet locatif. Il y avait donc beaucoup plus d’expérience derrière son fameux « instinct » qu’elle ne semblait d’abord vouloir se l’accorder.

Puis elle tombe sur le terrain qui deviendra Opale. Elle va le voir en plein hiver avec sa mère et son bébé. Elle ne voit pas encore précisément les 22 chalets qui y seront développés, mais elle imagine déjà quelque chose : des enfants, une communauté, une forêt, des gens qui vivent autrement leur rapport au chalet. Cette capacité à voir ce qui n’existe pas encore devient le moteur du projet. Mais elle révèle aussi une caractéristique qui suivra Laurence partout : dans sa tête, elle est souvent rendue beaucoup plus loin que la réalité devant elle.

2. Quatre ans plus tard, son instinct a surtout appris la patience

Opale est un développement de 22 chalets où les propriétaires partagent également un grand terrain commun avec un lac, une rivière et des bâtiments collectifs. Laurence veut que le projet puisse évoluer avec les gens qui l’habitent. Certains propriétaires voudront participer activement à la communauté, d’autres beaucoup moins. Certains utiliseront leur chalet en famille, d’autres le rendront accessible à leurs employés ou le mettront en location. Ce qui les rassemble n’est donc pas une obligation de devenir meilleurs amis avec leurs voisins, mais une vision commune du territoire et de la façon de l’habiter.

Transformer cette vision en projet immobilier a toutefois demandé quelque chose que Laurence n’avait pas nécessairement prévu : énormément de patience. Études environnementales, permis, cadastre, arpentage, financement, construction de la route, discussions avec la municipalité… derrière l’image romantique du chalet dans le bois se trouve une mécanique complexe et coûteuse. Laurence a dû cogner aux portes, emprunter, convaincre et trouver des solutions avec les moyens disponibles. Elle reconnaît aujourd’hui qu’il y a eu des périodes de profond découragement. L’instinct lui a peut-être permis de commencer. Mais c’est sa capacité à rester dans le projet lorsque tout avançait moins vite que prévu qui lui a permis de continuer.

3. La partie la plus lourde n’est pas le risque, c’est la confiance des autres

Laurence dit quelque chose de révélateur lorsqu’elle parle du syndrome de l’imposteur. Elle ne doute pas particulièrement lorsqu’il faut prendre une décision audacieuse. Acheter un terrain, lancer un projet ou repousser une limite ne semble pas être ce qui lui fait le plus peur. Son doute apparaît plutôt après, lorsque des gens décident de la suivre. Des investisseurs lui prêtent de l’argent. Des acheteurs choisissent son projet. Des partenaires embarquent. À ce moment-là, leur confiance devient pour elle une forme de dette émotionnelle : si quelqu’un croit en elle, elle doit absolument livrer quelque chose de parfait.

Cette pression explique aussi pourquoi la solitude entrepreneuriale revient autant dans la conversation. Laurence est aujourd’hui entourée d’excellents spécialistes, mais chacun porte une partie du projet. Elle, elle doit porter l’ensemble. Arbitrer les priorités. Décider où investir. Penser aux conséquences. Et lorsque quelque chose se complique, son cerveau peut aller loin : elle a peur de faire vivre du stress aux gens ou d’ajouter une difficulté dans leur vie. Ce n’est donc pas tant l’échec personnel qui semble l’effrayer que la possibilité de décevoir quelqu’un qui lui a fait confiance.

4. Se faire sous-estimer est parfois devenu son avantage

L’immobilier et la construction restent des milieux largement masculins, mais Laurence ne raconte pas son parcours comme un combat permanent pour prouver qu’elle mérite d’être là. Elle arrive parfois sur un chantier avec son bébé. Elle ne cherche pas particulièrement à adopter les codes corporatifs du milieu. Elle raconte même avoir allaité pendant une première visite avec l’entrepreneur général qu’elle souhaitait avoir sur son projet. Cette manière d’être peut faire en sorte que certaines personnes la prennent moins au sérieux au départ. Curieusement, elle y voit maintenant un avantage.

Parce que lorsqu’une personne ne pense pas devoir l’impressionner, Laurence estime avoir accès plus rapidement à qui elle est vraiment. Elle voit comment elle traite quelqu’un qu’elle croit moins important. Elle peut observer son attitude avant que le masque professionnel embarque. Sa différence devient alors une sorte de filtre. Il y a quelque chose de particulièrement intéressant là-dedans : Laurence n’a pas construit sa crédibilité en essayant de ressembler davantage aux gens déjà installés dans le milieu. Elle semble plutôt l’avoir construite en assumant progressivement qu’elle pouvait arriver avec ses propres codes.

5. Son vrai défi est peut-être d’admettre qu’elle est bonne

Lorsque Laurence parle de son instinct comme d’un super pouvoir, Judith la challenge. Parce que ce qu’elle appelle instinct n’est probablement pas simplement une petite voix mystérieuse. Il y a derrière ses décisions des années d’expérience, des centaines de conversations, une connaissance de l’immobilier, une capacité à observer les gens et une intelligence émotionnelle. Autrement dit, elle sait des choses. Mais reconnaître cette compétence lui demande encore un effort. Laurence raconte avoir grandi avec cette idée qu’il ne fallait surtout pas « se penser bonne », comme si assumer une force risquait automatiquement de nous rendre prétentieux.

Cette retenue apparaît aussi lorsqu’elle regarde son parcours. Elle est déjà rendue mentalement à la prochaine étape avant d’avoir pris le temps de mesurer celle qu’elle vient de franchir. C’est souvent seulement lorsque quelqu’un lui fait remarquer tout ce qu’elle connaît qu’elle réalise l’étendue de ce qu’elle a appris en quatre ans. Et peut-être que le prochain apprentissage se trouve justement là. Pas dans un autre montage financier ou un prochain projet immobilier, mais dans la capacité de reconnaître le chemin parcouru. Comme elle le dit elle-même en imaginant ce qu’elle aurait aimé dire à la Laurence du début : être plus douce envers elle-même. Donner tout ce qu’on a, chaque jour, c’est déjà beaucoup.

Qui est Laurence Archambault?

Laurence Archambault est une promotrice immobilière québécoise de 29 ans et la fondatrice du projet Opale, un développement de 22 chalets dans Lanaudière conçu autour de la nature, de la communauté et d’espaces partagés. Issue d’une famille d’entrepreneurs, elle travaille pendant environ cinq ans pour un promoteur immobilier avant de se lancer dans son propre développement. Son parcours comprend également plusieurs investissements immobiliers personnels, dont l’achat de son premier condo à 19 ans et la construction d’un chalet locatif. Elle est aussi mère de deux jeunes enfants.

Mais ce qui ressort de la conversation dépasse largement son titre de promotrice immobilière. Laurence est une entrepreneure qui avance vite, qui apprend en faisant et qui accorde énormément d’importance à son instinct, tout en découvrant tranquillement que cet instinct repose sur de vraies compétences. Elle semble peu préoccupée par le besoin d’avoir l’air impressionnante, mais énormément par celui d’être à la hauteur de la confiance qu’on lui accorde. C’est probablement là que se trouve la contradiction la plus intéressante chez elle : elle est assez audacieuse pour bâtir quelque chose qui n’existe pas encore, mais apprend toujours à s’accorder la même confiance que celle qu’elle demande aux autres.