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Hugo Meunier : les coulisses du journalisme d’enquête au Québec

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Ce que tu vas découvrir dans cet épisode

Dans cet épisode d’Un café avec Judith, Judith reçoit Hugo Meunier pour une conversation qui part dans toutes les directions, mais qui finit étrangement par raconter une histoire très cohérente. Celle d’un gars qui n’avait pas vraiment prévu devenir journaliste, qui a commencé au bas de l’échelle, qui a essuyé des refus, travaillé dans les hebdos, infiltré toutes sortes de milieux, écrit des romans et des essais, puis développé une façon bien à lui de raconter les gens.

On parle évidemment de journalisme au Québec, d’écriture, de médias, d’immersion et de curiosité. Mais on parle aussi beaucoup de doute, d’ambition, de paternité, de voyage et de cette peur très humaine de devenir un jour un has-been. Hugo revient sur les années où sa carrière occupait presque tout l’espace, puis sur le moment où il a compris qu’il pouvait continuer à aimer profondément son métier sans lui demander de déterminer toute sa valeur.

Les grands thèmes abordés

Cet épisode traverse plus de 20 ans de journalisme québécois. Hugo Meunier raconte ses débuts dans les hebdos, son passage au Journal de Montréal, ses années à La Presse, le journalisme d’immersion, l’évolution des médias et cette époque où faire la une pouvait nourrir une histoire pendant plusieurs jours. Il parle aussi de son métier d’auteur, de son rapport à la lecture et de cette curiosité presque maladive qui lui fait encore voir une possibilité de reportage dans une rencontre banale sur le trottoir.

Mais sous cette carrière se cache une autre histoire : celle d’un homme qui a longtemps eu peur de ne pas être assez bon, puis de ne plus être pertinent. Le doute l’a poussé à travailler, à chercher, à produire et à se démarquer. Il a aussi fini par lui coûter cher. Alors jusqu’où l’ambition nous fait-elle avancer avant de commencer à nous éloigner de ce qui compte vraiment?

1. Il n’était pas destiné au journalisme, il s’est acharné assez longtemps

Hugo ne raconte pas ses débuts comme ceux d’un prodige qui savait depuis l’enfance exactement où il allait. Une prof de secondaire 3 lui fait découvrir la lecture. Il dévore ensuite Agatha Christie, Stephen King et développe une passion pour les livres. Il étudie en littérature avec l’idée vague de devenir auteur, pour finalement se retrouver dans l’entrepôt d’une maison d’édition à mettre douze Bescherelle par boîte. Il essaie l’enseignement. Il déteste ça. Puis il commence à porter son CV, semaine après semaine, au rédacteur en chef de L’Éveil de Saint-Eustache.

Le téléphone finit par sonner le 11 septembre 2001, entre les deux avions qui frappent le World Trade Center. Pendant que le monde entier regarde New York, Hugo reçoit son premier mandat : couvrir les dix ans de la Maison des jeunes de Sainte-Marthe-sur-le-Lac. C’est beaucoup moins spectaculaire, mais c’est le début. Après ça, il n’arrête plus. Les hebdos s’enchaînent, puis les plus gros médias. Son parcours se construit par les petites portes, les détours et les refus. Avec le recul, c’est peut-être justement ce chemin-là qui lui a donné son obsession du terrain : il n’est jamais arrivé quelque part en croyant que sa place lui était due.

2. Pour devenir bon, il a d’abord dû accepter d’avoir été poche

Hugo parle assez librement de ses échecs. Lorsqu’il arrive au Journal de Montréal, il se met une pression énorme. Il se compare aux autres journalistes et ne se sent pas à leur niveau. Il finit par perdre son emploi. Aujourd’hui, il peut dire simplement qu’à ce moment-là, il n’était probablement pas encore assez bon. Pas avec fausse modestie. Pas avec amertume non plus. Il lui manquait surtout cette confiance qui permet de prendre sa place sans être paralysé par la peur de faire une erreur.

Ce doute ne disparaît jamais complètement. Même après des années de métier, Hugo dit encore craindre qu’un jour on décide qu’on a suffisamment « pressé le citron » et qu’il soit tabletté. Mais cette peur est aussi devenue un moteur. Elle l’empêche de s’asseoir sur ses acquis et nourrit encore son envie de trouver la bonne histoire, celle qui fera parler. La différence, c’est qu’il sait maintenant reconnaître ce qu’il fait bien. Il a des idées. Il sait parler aux gens. Il sait entrer dans des univers qui ne sont pas les siens. Vieillir ne lui a pas enlevé le doute. Ça lui a simplement donné assez de preuves pour arrêter de croire tout ce que le doute lui raconte.

3. Son vrai talent n’est pas d’infiltrer des endroits, c’est d’entrer dans le monde des gens

L’une des histoires les plus savoureuses de l’épisode reste celle du mariage de Justin Trudeau. Hugo loue un habit, se présente sur place sans invitation et adopte une stratégie étonnamment simple : avoir l’air d’appartenir à la place. Quand quelqu’un approche avec une liste d’invités, il reste au téléphone et fait comprendre qu’il est beaucoup trop occupé pour être dérangé. Ça fonctionne. Il entre dans l’église et assiste au mariage. Comme il le résume : parfois, être convaincu de quelque chose finit par convaincre les autres.

Mais derrière l’anecdote se trouve quelque chose de plus fondamental dans sa façon de faire du journalisme. Hugo pense que son véritable super pouvoir est la faible distance qu’il maintient entre lui et les autres. Il peut se retrouver dans un événement mondain ou avec des gens vivant dans la rue et réussir à créer un contact sincère. Pas parce qu’il connaît une technique secrète d’entrevue, mais parce que la vie des gens l’intéresse réellement. Il pose des questions, écoute les réponses et évite autant que possible de traiter une personnalité connue comme si elle appartenait à une autre espèce. Au fond, son journalisme repose sur une idée assez simple : pour que quelqu’un nous montre qui il est, il faut d’abord lui donner l’espace d’être une personne normale.

4. À force de vouloir tout vivre, il a compris ce qu’il avait manqué

Hugo assume être un intense. Il aime son métier, les voyages, les soirées, les projets et tout ce qui ressemble à une expérience qu’il pourrait regretter d’avoir refusée. Pendant longtemps, il dit oui à presque tout. Il devient père à 29 ans, mais continue de vivre avec ce FOMO et cette énergie qui lui donnent l’impression qu’il faut être partout. Avec le recul, certaines photos d’anniversaire de ses enfants lui font voir les choses autrement. Il se regarde fatigué, parfois lendemain de veille, et réalise qu’il aurait probablement pu manquer quelques soirées avec des gens qu’il ne voit même plus aujourd’hui.

Il ne transforme pas ça en grande confession dramatique. Il dit avoir fait la paix avec cette période. Sa blonde et ses parents étaient là, ses enfants ont été entourés, puis il s’est repris autrement, notamment en partant plusieurs mois en Asie avec sa famille. Mais il y a quelque chose de particulièrement lucide dans son constat. Pendant des années, la peur de manquer quelque chose l’a poussé à accumuler les expériences. Puis le temps lui a montré qu’en essayant de ne rien manquer, on peut quand même passer à côté de certaines choses. Et que contrairement à une soirée, une carrière ou un prochain projet, l’enfance de ses enfants ne revient pas.

5. C’est quand il a arrêté de vouloir impressionner que les choses ont commencé à marcher

À un certain moment, la machine ne tient plus vraiment. Hugo est malheureux professionnellement, ressent une grosse boule d’angoisse le dimanche soir et reconnaît plusieurs signes qui lui font croire qu’il se dirige vers une dépression. Il devance alors un projet de voyage familial et part sept mois en Asie. La distance fait son travail. Il revient plus calme et surtout beaucoup moins préoccupé par l’idée de devenir une grande vedette du journalisme. Il réalise que sa carrière compte énormément pour lui, mais que ses enfants comptent davantage.

Ironiquement, c’est aussi à partir du moment où il commence à moins vouloir que sa carrière fonctionne que le téléphone sonne davantage. Il arrête de surpréparer chaque apparition, de mémoriser ses interventions et d’essayer de jouer le rôle du gars qu’il pense devoir être. Il devient plus naturel, plus drôle, plus lui-même. Puis la vie lui rappelle encore brutalement sa fragilité : un grave accident en Indonésie, puis plus tard un cancer dont il est aujourd’hui en rémission. À force de recevoir ces rappels, une idée finit par devenir difficile à ignorer : la vie, c’est maintenant. Pas quand la prochaine grosse histoire sortira. Pas quand tout le monde saura enfin qu’on est bon. Maintenant.

Qui est Hugo Meunier?

Hugo Meunier est journaliste et auteur québécois. Après des études en littérature, il commence sa carrière dans les hebdos régionaux avant de travailler notamment au Journal de Montréal et à La Presse. Au fil de plus de deux décennies de métier, il développe une spécialité pour le journalisme de terrain et d’immersion, allant jusqu’à infiltrer différents milieux pour les raconter de l’intérieur. En parallèle, il poursuit le projet qu’il avait avant même de devenir journaliste : écrire des livres. Il a publié plusieurs romans et essais et continue d’écrire, souvent les fins de semaine et pendant ses vacances.

Mais Hugo Meunier est surtout quelqu’un qui semble avoir fini par comprendre que son meilleur outil de travail n’est ni une technique d’entrevue ni une méthode d’enquête. C’est sa capacité à être réellement curieux des gens. À entrer dans une pièce sans trop se demander s’il appartient là. À poser des questions sans mettre les personnes sur un piédestal. Puis à rire suffisamment de lui-même pour ne pas devenir prisonnier de son propre personnage. Il a longtemps eu peur de ne pas être assez bon. Aujourd’hui, il semble surtout avoir compris qu’il est meilleur lorsqu’il arrête d’essayer aussi fort de le prouver.