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De média à startup tech : transformer une idée en entreprise avec Elise Taste

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Ce que tu vas découvrir dans cet épisode

Dans cet épisode d’Un café avec Judith, Élise Tastet raconte un parcours qui commence dans les médias, passe par la gastronomie, puis se transforme tranquillement en quelque chose de beaucoup plus ambitieux : une entreprise technologique capable de réinventer la recommandation de restaurants à grande échelle. On parle de Tastet, évidemment, mais on parle aussi de vision, de confiance, d’intuition, puis de cette obsession très entrepreneuriale de vouloir bâtir quelque chose qui va réellement servir. Élise revient sur ses débuts avec son père, sur la naissance de la plateforme, sur son amour pour la restauration, puis sur ce moment charnière où elle réalise qu’un média, aussi fort soit-il, ne suffira peut-être pas à porter ses ambitions pancanadiennes puis internationales.

Mais au-delà de la gastronomie et de la tech, cet épisode parle surtout de ce que ça coûte, intérieurement, de porter une entreprise pendant des années sans mode d’emploi. On y parle de levée de fonds, d’échec, de crédibilité, d’anxiété, de maternité, de postpartum, puis de cette tension très réelle entre le désir de bâtir gros et la réalité extrêmement humaine de tout ce que ça vient remuer. On découvre une femme brillante, intense, disciplinée, profondément attachée à l’intégrité de son projet, puis déterminée à ne pas sacrifier la confiance de son audience juste pour croître plus vite.

Les grands thèmes abordés

Cet épisode tourne autour de plusieurs lignes de force très nettes. On y parle d’Élise Tastet, de Tastet, de gastronomie au Québec, de recommandation de restaurants, d’entrepreneuriat féminin, de technologie, d’intelligence artificielle, de levée de fonds, de maternité, de postpartum, d’anxiété, de croissance, de crédibilité, puis de cette grande question qui revient souvent chez les fondateurs : comment scaler sans perdre ce qui a fait la valeur du projet au départ?

Ce qui rend cette conversation particulièrement riche, c’est qu’elle ne se contente pas de raconter la progression d’une entreprise qui va bien. Elle montre aussi tout ce qui se passe entre les lignes. Le doute. Les erreurs. Les ajustements. Les murs. Les remises en question. Puis cette espèce de maturité entrepreneuriale qui ne vient pas des bons coups, mais souvent des moments où le plan casse complètement. Chez Élise, on sent à la fois la grande vision puis la rigueur que ça prend pour la rendre viable. Et surtout, on comprend que si Tastet a réussi à devenir une référence, ce n’est pas juste parce que la plateforme est utile. C’est parce qu’elle repose sur quelque chose de beaucoup plus fragile et précieux : la confiance.

1. Tastet n’est pas née d’un simple amour de la bouffe. C’est née d’un désir très clair de recommander avec goût, mais surtout avec intégrité

Ce qui est beau dans le parcours d’Élise Tastet, c’est qu’on sent rapidement que son projet ne vient pas d’une envie de faire “du contenu food” parce que c’était tendance. Il vient d’un rapport beaucoup plus profond à la restauration. Son père était critique gastronomique. Elle a grandi dans cet univers-là. Elle connaît les cuisines, les restaurateurs, les codes, les excès aussi. Mais surtout, elle comprend une chose très tôt : recommander une table, ce n’est pas anodin. Ça engage une confiance. Et cette confiance-là, une fois perdue, elle ne se récupère pas facilement.

C’est probablement un des fils les plus importants de tout l’épisode. Élise revient sur le choix fondateur de ne jamais faire payer les restaurants pour être recommandés. Dit comme ça, ça a l’air simple. En réalité, c’est une position éditoriale et commerciale extrêmement exigeante. Surtout quand tu démarres, que tu cherches ton modèle d’affaires, puis que l’argent n’entre pas facilement. Mais elle tient le cap. Parce qu’elle a vu de près ce qui arrive quand un guide ou une plateforme commence à brouiller cette ligne-là. Le résultat, ce n’est pas juste une question de réputation. C’est une érosion lente de la confiance. Et chez Tastet, cette confiance-là semble être la vraie matière première du projet.

2. Passer de média à tech, ce n’est pas juste changer de modèle. C’est changer de langage, de posture puis de terrain de jeu

Un autre élément très fort dans l’épisode, c’est toute la transition de Tastet vers la technologie. Au départ, la plateforme fonctionne comme un média de recommandation. Il y a du contenu, de l’éditorial, de la ligne, du goût, de la sélection. Mais à un moment donné, Élise comprend que recommander un bon restaurant ne suffit plus. Parce qu’une bonne adresse pour une personne peut être une mauvaise adresse pour une autre. Ce qui manque, ce n’est pas seulement plus d’information. C’est une meilleure personnalisation.

C’est là que son parcours devient particulièrement intéressant. Parce qu’elle ne reste pas dans la nostalgie d’un modèle qui marchait déjà. Elle retourne apprendre. Elle se forme en big data, en intelligence artificielle, puis commence à réfléchir à Tastet comme à un produit technologique. Pas dans le sens vide du mot “tech”, mais dans le sens très concret d’un outil capable de mieux faire matcher les gens avec les bonnes adresses selon le contexte, les attentes, le type de sortie, l’expérience recherchée. Et ça, ce n’est pas juste une expansion fonctionnelle. C’est une vraie bascule identitaire. Elle ne se voit plus seulement comme quelqu’un qui publie de bons contenus. Elle commence à bâtir une infrastructure.

3. L’échec de sa levée de fonds n’a pas juste été un mur. Ça a été une école d’une brutalité rare

Il y a un passage particulièrement fort dans la conversation autour de la tentative de levée de fonds d’Élise. Parce qu’on sent à quel point elle y croyait. Elle venait d’avoir un bébé. Elle sortait de la pandémie. Elle avait développé une couche technologique. Elle voyait d’autres entrepreneurs lever du capital. Tout semblait pointer dans cette direction-là. Puis pendant neuf mois, elle se fait dire qu’on adore son projet, qu’on adore Tastet, qu’on adore ce qu’elle fait… sans que ça se transforme en investissement.

Ce segment-là est précieux parce qu’il montre quelque chose qu’on entend encore trop peu : à quel point la levée de fonds peut devenir un miroir très violent pour l’estime, la valeur perçue, puis la confiance en soi. Quand personne ne signe, on ne remet pas juste le modèle en question. On se remet soi-même en question. Et pourtant, c’est précisément là que son parcours devient encore plus intelligent. Parce qu’au lieu de s’effondrer ou de s’acharner dans la mauvaise direction, elle prend ce refus-là, l’analyse, puis construit autre chose. Une base de données. Un modèle SaaS. Une offre B2B pour l’hôtellerie et le tourisme. Elle trouve une façon de monétiser sa technologie autrement. Et soudainement, le mur devient une bifurcation.

4. Il y a des femmes qui vivent la maternité comme un grand enchantement. Et il y en a d’autres pour qui l’entrée dans ce rôle-là commence dans le chaos

La partie sur la maternité est particulièrement forte parce qu’Élise en parle sans lisser quoi que ce soit. Elle dit quelque chose qu’on entend souvent en privé, mais encore trop rarement en public : avoir un enfant, même quand cet enfant est désiré, aimé, attendu, en santé, peut quand même être une expérience profondément déstabilisante. Surtout quand on vient d’un rapport au travail fait de vitesse, de contrôle, de liberté puis d’intensité. L’arrivée d’un bébé vient tout reconfigurer. Le sommeil disparaît. Le corps change. L’horaire n’appartient plus à personne d’autre que l’enfant. Puis soudainement, la personne qui gérait mille choses n’a plus la maîtrise de presque rien.

Ce qui rend son témoignage aussi juste, c’est qu’elle ne remet jamais en cause l’amour qu’elle porte à ses enfants. Ce qu’elle nomme, c’est autre chose. Le choc. La perte de repères. Le deuil temporaire d’une ancienne version de soi. Puis cette difficulté très réelle de vivre quelque chose d’immense sans avoir l’impression d’avoir le droit d’en parler franchement, parce qu’il y a toujours pire que soi, toujours plus dramatique, toujours plus douloureux. Elle met des mots sur une zone souvent écrasée par la gratitude obligatoire. Et en faisant ça, elle donne de l’air à beaucoup de femmes.

5. Derrière l’image de la fondatrice brillante qui avance vite, il y a aussi une femme anxieuse, ultra disciplinée, puis profondément portée par le mouvement

L’autre dimension très intéressante de l’épisode, c’est tout ce qu’Élise dit sur son anxiété. Pas comme une faiblesse à cacher. Pas comme un diagnostic figé. Mais comme une réalité qui a façonné sa manière de vivre, de travailler, d’avancer. Très jeune, on lui dit qu’elle doit mettre en place une vraie discipline de vie. Dormir. Bouger. Se structurer. Et avec le temps, elle semble avoir transformé cette contrainte-là en moteur. Ce n’est pas romantisé. Ce n’est pas simplifié non plus. Mais on comprend que son intensité, sa capacité à se concentrer, à ne pas lâcher un dossier, à vouloir faire avancer les choses, viennent aussi de là.

C’est important, parce que ça sort un peu de la caricature de l’entrepreneure performante qui maîtrise tout naturellement. Chez elle, la discipline n’est pas juste une belle habitude Pinterest. C’est une façon de tenir debout. Et peut-être même une façon de transformer une sensibilité plus vive en force structurante. Ça donne à son parcours une autre lecture. Son énergie n’est pas seulement du talent ou de l’ambition brute. C’est aussi le fruit d’un travail intérieur constant pour canaliser quelque chose qui pourrait autrement la submerger. Et honnêtement, ça rend tout le reste encore plus impressionnant.

Qui est Élise Tastet?

Élise Tastet est entrepreneure et fondatrice de Tastet, une plateforme québécoise de recommandation gastronomique devenue une référence pour découvrir les meilleures tables, cafés, bars, boulangeries et pâtisseries. Lancée il y a plus de dix ans, Tastet s’est d’abord imposée comme un média de confiance dans l’univers de la restauration, avant d’évoluer vers un produit technologique plus ambitieux, axé sur la personnalisation des recommandations. À travers cette croissance, Élise a construit une entreprise qui repose sur une ligne éditoriale forte, une grande exigence d’intégrité, puis une compréhension très fine de ce que les gens cherchent vraiment quand ils sortent manger.