Ce que tu vas découvrir dans cet épisode
Dans cet épisode d’Un café avec Judith, David Bicari, qu’on connaît aussi sous le nom de Le Bicorps, raconte un parcours qui n’a rien de linéaire, mais qui fait pourtant énormément de sens quand on regarde le fil rouge. On parle d’art visuel, de skateboard, de vidéos, de bars, de DJ, d’événements, de Mural, de grandes fleurs installées dans le paysage montréalais, puis de cette manière très instinctive qu’il a eue, pendant des années, de se rapprocher toujours un peu plus de ce qu’il voulait vraiment faire. Ce n’est pas l’histoire d’un artiste qui a attendu que tout soit prêt. C’est l’histoire de quelqu’un qui a appris en faisant, en montrant, en testant, en assumant l’imperfection, puis en mettant ses idées dans le monde avant même de savoir exactement ce qu’elles allaient devenir.
Mais au-delà du parcours artistique, cet épisode parle surtout de création comme posture de vie. On y parle de contraintes, de processus, de résilience, de communauté, de paternité, de liberté, puis de cette capacité très rare à voir du beau là où d’autres passent tout droit. David parle de ses fleurs comme d’un symbole de douceur dans un monde un peu magané, mais il parle aussi, sans trop en avoir l’air, d’une autre chose encore plus précieuse : la permission de commencer avant d’être prêt. Et ça, honnêtement, ça vaut de l’or.
Les grands thèmes abordés
Cet épisode tourne autour de plusieurs lignes de force très nettes. On y parle de David Bicari, du Bicorps, d’art contemporain à Montréal, de création visuelle, de processus créatif, d’imperfection, de DIY, de résilience, de fleurs comme symbole artistique, de Mural, d’entrepreneuriat créatif, de communauté, de paternité, puis de cette tension fascinante entre la vision très intuitive de l’artiste et la réalité très concrète de bâtir une vie autour de son travail.
Ce qui rend cette conversation particulièrement forte, c’est qu’elle ne repose pas sur une vision romantique ou inaccessible de l’art. David ne parle pas de création comme d’un mystère réservé à une élite. Il en parle comme d’un rapport vivant au monde. Une disponibilité. Une sensibilité. Une manière de voir, puis surtout une manière d’agir. Il montre que derrière les œuvres qu’on voit aujourd’hui dans Montréal, il y a eu des années à bricoler, à apprendre seul, à prendre des risques, à créer ses propres contextes, puis à accepter que le premier jet soit parfois croche, mais nécessaire. Et en filigrane, il y a une idée très libératrice : l’art ne naît pas toujours d’un grand plan. Il naît souvent d’un geste répété avec assez de sincérité pour finir par devenir une trajectoire.
1. Il y a des artistes qui attendent qu’on leur ouvre une porte. Puis il y en a d’autres qui commencent dans le détour, la broche puis le “on verra bien”
Ce qui frappe rapidement chez David Bicari, c’est qu’il ne raconte pas son parcours comme une vocation tombée du ciel. Oui, il a toujours dessiné. Oui, il a toujours été attiré par l’image, par le trait, par le fait de raconter quelque chose visuellement. Mais ce qui ressort surtout, c’est sa façon de faire exister ses idées avant même qu’elles aient une forme officielle. Plus jeune, il filme du skate. Il dessine. Il numérise ses dessins. Il les intègre à ses vidéos. Il organise des soirées. Il anime des événements. Il apprend à DJ sur le tas. Il monte des projets avec ce qu’il a sous la main. Il n’attend pas le bon cadre. Il n’attend pas le bon titre. Il n’attend pas non plus que quelqu’un le nomme artiste pour commencer à agir comme tel.
Et c’est probablement là que l’épisode devient très inspirant. Parce qu’on comprend que sa posture créative s’est construite bien avant sa reconnaissance publique. Le fameux esprit DIY or die dont il parle, ce n’est pas juste un slogan cool. C’est une manière de vivre. Tu ne sais pas souder? Tu commences pareil avec de la broche. Tu ne sais pas exactement comment un projet va tenir? Tu le mets dehors, tu le fais vivre, puis tu regardes ce que ça provoque. Chez lui, il y a une confiance qui ne semble pas venir d’une certitude parfaite, mais d’un rapport beaucoup plus humble à l’action : j’essaie, j’apprends, j’ajuste, puis je continue.
2. L’imperfection n’est pas un défaut dans son travail. C’est presque une éthique
Un des fils les plus beaux de cette conversation, c’est tout ce que David dit sur l’imperfection. Pas comme un compromis. Pas comme un manque de rigueur. Mais comme un choix profondément vivant. Il dit quelque chose de très juste : il aime mieux faire vivre un projet imparfait que d’attendre qu’il soit parfait et qu’au final, il vive moins bien. C’est une phrase simple, mais elle ouvre énormément. Parce qu’elle va complètement à contre-courant d’une époque où tout doit avoir l’air fini, poli, maîtrisé, optimisé, impeccable. Lui semble dire exactement l’inverse : ce qui touche, ce qui ouvre une conversation, ce qui rend une œuvre habitable, c’est souvent justement la trace humaine qu’on y laisse.
Ça donne à son approche quelque chose de très généreux. Quand il documente ses dessins, quand il montre des essais, quand il laisse voir les défauts, il ne fait pas juste exposer un work in progress. Il désamorce aussi l’idée que la création appartient uniquement à ceux qui savent déjà parfaitement quoi faire. Il crée de l’espace. Il montre qu’on peut construire en avançant. Et en ce moment, dans un monde saturé d’images ultra finies, ultra filtrées, ultra contrôlées, cette manière-là de faire a quelque chose de profondément apaisant. On sent moins la démonstration. On sent plus la présence.
3. La fleur n’est pas devenue sa signature par stratégie. Elle est arrivée comme un langage plus doux pour parler de résilience
Quand David parle de la fleur, on comprend vite qu’il ne s’agit pas juste d’un motif esthétique. Au départ, elle arrive presque par accident. Un petit clin d’œil dans ses dessins. Une forme simple. Répétitive. Une manière de faire apparaître quelque chose de léger dans un univers qui, jusque-là, était plus sombre, plus rude, plus chargé d’images plus dark. Puis la pandémie arrive. Et là, quelque chose bascule. Il n’a plus envie d’ajouter du lourd au lourd. Il veut mettre du beau dans un moment où tout semble écrasant. Il veut rappeler qu’il existe encore de la douceur, encore de la lumière, encore une raison de regarder autrement. C’est là que la fleur prend une autre dimension.
Ce qui est beau, c’est que le sens ne précède pas toujours le geste. Souvent, il apparaît après. Et c’est exactement ce qu’il raconte ici. À force de dessiner cette fleur, à force de la répéter, à force de la faire vivre, elle finit par devenir le bon véhicule pour parler de ce qui l’habite vraiment : la résilience, la beauté qu’on choisit de voir, puis le fait de continuer à créer même quand le monde ne roule pas rond. En ce sens-là, ses fleurs à Montréal ne sont pas juste décoratives. Elles portent une intention très claire. Celle de remettre un peu de délicatesse, un peu d’espoir puis un peu d’humanité dans l’espace public.
4. Créer, pour lui, ce n’est pas attendre l’inspiration. C’est devenir disponible à voir
Il y a une partie de l’épisode que j’ai trouvée particulièrement forte sur le processus créatif. David refuse un peu l’idée de l’inspiration comme quelque chose de magique qui tombe du ciel. Pour lui, l’enjeu, c’est plutôt la disponibilité. La capacité à remarquer. À être sensible à une composition, à une ligne, à une texture, à une scène banale que d’autres ne voient même plus. Cette idée-là est super belle, parce qu’elle ramène la création à quelque chose de beaucoup plus incarné. L’artiste n’est pas quelqu’un qui invente le monde à partir de rien. C’est quelqu’un qui est disponible à le percevoir différemment.
Puis il y a aussi toute cette idée des contraintes comme moteur de création. Travailler en noir et blanc. Revenir à la fleur. Revenir à certains éléments. Repartir des mêmes symboles, mais les faire évoluer autrement. Là encore, ça va contre une idée un peu paresseuse de la créativité comme liberté totale. Chez lui, la contrainte n’étouffe pas l’élan. Elle le canalise. Elle l’oblige à résoudre des problèmes, à chercher des solutions, à pousser plus loin une idée au lieu de la fuir dès qu’elle résiste un peu. Et ça, je trouve que ça dépasse largement le cadre de l’art. C’est aussi une vraie leçon de vie.
5. Derrière l’artiste qu’on voit dans la ville, il y a aussi un père, un partenaire puis quelqu’un qui essaie de construire une liberté habitable
L’autre chose que j’ai beaucoup aimée dans cette conversation, c’est qu’elle montre très bien que vivre de son art ne veut pas juste dire exposer, vendre ou être visible. Ça veut aussi dire bâtir une structure de vie. Une manière de travailler. Un rythme. Des relations solides. David parle de Chloé, sa conjointe, avec beaucoup de simplicité, mais on comprend vite à quel point elle fait partie de l’équation. Leur histoire est longue. Leur vie s’est construite à travers plein d’étapes. Puis depuis quelques années, ils travaillent ensemble. Elle a intégré son univers. Elle gère une partie de l’opération. Elle donne de la structure, du soutien, de l’élan. Et on sent que cette collaboration-là a changé quelque chose de fondamental dans sa capacité à continuer à créer sans s’effondrer sous tout le reste.
Ce qui ressort de ça, ce n’est pas le fantasme du couple parfait ou de l’artiste génial qui réussit tout seul. C’est plutôt l’idée qu’une carrière créative devient plus solide quand elle est soutenue par un vrai écosystème. De la confiance. Du relais. Une compréhension mutuelle. Puis aussi un certain rapport à la liberté qui n’est pas naïf. Oui, ils ont bâti une vie plus flexible. Oui, ils peuvent voyager autrement. Oui, ils peuvent arrimer famille puis travail différemment. Mais on comprend aussi que cette liberté-là s’achète à travers énormément de travail, de débrouillardise puis d’ajustements constants. Elle n’est pas donnée. Elle est construite.
Qui est David Bicari?
David Bicari, aussi connu sous le nom de Le Bicorps, est un artiste visuel montréalais dont les œuvres font aujourd’hui partie du paysage urbain de Montréal. Il est notamment derrière les grandes sculptures de fleurs qu’on retrouve au centre-ville, ainsi qu’un univers visuel très reconnaissable construit autour de la ligne, du noir et blanc, de la répétition, de la contrainte puis de la douceur. Son parcours passe par le dessin, le skateboard, la vidéo, le DJing, l’événementiel, puis par une longue série d’expérimentations qui l’ont amené à faire de son art une vraie vie.
Mais dans cet épisode, on découvre bien plus qu’un artiste installé dans l’espace public. On découvre quelqu’un qui parle avec beaucoup de vérité de création, d’imperfection, de communauté, d’apprentissage autonome, de paternité puis de liberté. David Bicari ne donne pas l’impression d’avoir suivi une route tracée. Il donne plutôt l’impression d’avoir appris à construire son propre chemin en avançant, souvent avec très peu, mais avec énormément d’élan. Et c’est précisément ce qui rend son parcours aussi inspirant : il ne parle pas de l’art comme d’un statut. Il en parle comme d’une manière de voir, de faire puis de rester vivant.
