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Alexandre Despatie se confie sur la pression, l’argent et la vie après le sport

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Ce que tu vas découvrir dans cet épisode

Dans cet épisode d’Un café avec Judith, Alexandre Despatie revient sur sa carrière de plongeur olympique et sur les conditions presque improbables qui lui ont permis d’atteindre les plus hauts sommets du sport. Il raconte son obsession de devenir le meilleur dès l’enfance, sa relation avec un entraîneur extrêmement exigeant et cette façon bien particulière qu’il avait de se créer des difficultés supplémentaires avant les compétitions. Il revient aussi sur ses deux médailles d’argent olympiques, sur la médaille d’or qu’il n’a jamais remportée et sur ce que vingt ans de recul changent — ou ne changent pas — dans notre façon de vivre une déception.

Mais la conversation prend une autre dimension lorsqu’on parle de sa retraite sportive et de sa transition vers les médias. Alexandre raconte comment une première occasion professionnelle lui a permis de passer presque directement du plongeon à la télévision, avant qu’un congédiement brutal le confronte finalement au vide qu’il avait évité. On parle du syndrome de l’imposteur, de la difficulté de recommencer à zéro, de son rapport à l’argent, de ses expériences en affaires et de cette envie grandissante de travailler avec des gens qu’il aime plutôt que de courir après toutes les occasions. Derrière l’athlète ultra compétitif, on découvre un homme qui commence à choisir plus consciemment les batailles qu’il a envie de mener.

Les grands thèmes abordés

La carrière d’Alexandre Despatie, le plongeon olympique, la performance sportive, le perfectionnisme et la discipline sont au cœur de cette conversation. On explore les exigences du sport de haut niveau, la pression des Jeux olympiques, l’importance du talent et de l’environnement familial, ainsi que le rôle parfois controversé des entraîneurs dans le développement des athlètes. Alexandre parle aussi de la différence entre atteindre le sommet et réussir à y rester, de l’anxiété de performance et de cette frontière difficile à tracer entre l’ambition qui nous pousse et l’exigence qui finit par nous épuiser.

L’épisode aborde également la retraite des athlètes professionnels, la transition de carrière, le syndrome de l’imposteur dans les médias, l’entrepreneuriat et la sécurité financière. Alexandre réfléchit à la place qu’il veut donner au travail dans sa deuxième vie, à son rapport aux réseaux sociaux et à son malaise devant un monde qui semble demander à chacun de devenir sa propre marque. Parce qu’après avoir consacré autant d’années à la performance, une autre question finit par prendre toute la place : est-ce qu’on peut continuer à être ambitieux sans avoir constamment besoin de se prouver quelque chose?

1. À sept ans, il ne voulait pas seulement être bon. Il voulait être le meilleur.

Quand je demande à Alexandre comment on fait pour avoir un enfant qui devient olympien, sa réponse est beaucoup moins romantique que ce qu’on pourrait imaginer. On ne peut pas vraiment le planifier. Il faut du talent, évidemment, mais aussi le bon corps pour le bon sport, des parents capables de soutenir le parcours, un club accessible, un entraîneur exceptionnel et un jeune qui a réellement envie de faire tous les sacrifices nécessaires. Dans son cas, les morceaux se sont alignés. Il commence le plongeon à cinq ans, s’entraîne au club CAMO et développe très tôt une fascination pour Greg Louganis, ce plongeur américain qui a transformé son sport. Il regarde son film en boucle. Il veut devenir comme lui. À sept ou huit ans, ce désir commence déjà à ressembler à une obsession.

Les résultats arrivent vite, ce qui nourrit encore davantage son ambition. Il gagne des compétitions juniors vers neuf ou dix ans, participe très jeune aux compétitions nationales seniors et bat des hommes adultes à onze ans. À treize ans, il remporte les Jeux du Commonwealth. Deux ans plus tard, il participe à ses premiers Jeux olympiques et termine quatrième, tout près du podium. Ce qui est fascinant, c’est la vitesse à laquelle son rapport au sport change. Aux Jeux du Commonwealth, il est encore un enfant qui joue à roche-papier-ciseaux avec un autre plongeur avant une finale. Après ses premiers Jeux olympiques, cette innocence disparaît. Il sait désormais qu’il peut gagner contre les meilleurs au monde. À partir de là, il ne plonge plus seulement pour voir jusqu’où il peut aller. Il plonge avec la conscience très claire de ce qu’il pourrait perdre s’il n’est pas à la hauteur.

2. Il était capable de devenir champion du monde et de trouver que ce n’était pas assez

Alexandre raconte une journée d’entraînement où tout allait parfaitement. Ses plongeons étaient excellents, son entraîneur n’avait littéralement rien à corriger. Pourtant, lui était fâché. Il était persuadé qu’il manquait quelque chose, quelque part. Il imaginait déjà un adversaire en train de faire mieux. Cette insatisfaction a été un moteur immense dans sa carrière, mais elle l’a aussi amené à développer un comportement qu’il comprend beaucoup mieux aujourd’hui : se mettre lui-même dans le trouble. Il lui arrivait de se fâcher sans raison quelques heures avant une compétition, simplement pour se retrouver dans un état inconfortable dont il devrait ensuite se sortir. Comme si réussir dans de bonnes conditions ne représentait pas un défi suffisant.

Son entraîneur connaissait parfaitement ce fonctionnement. Aux Championnats du monde de 2003, après deux mauvais plongeons en qualification, Alexandre se retrouve presque au fond du classement. Son entraîneur vient le voir et lui lance qu’ils peuvent toujours abandonner immédiatement. Il sait exactement ce qu’il fait. Alexandre réagit, remonte au classement et devient champion du monde le lendemain. Mais même cette victoire ne lui apporte pas la satisfaction qu’on pourrait imaginer. Dans le véhicule qui le ramène à l’hôtel, il repasse déjà ses plongeons dans sa tête pour trouver ce qu’il aurait pu améliorer. Les autres lui rappellent qu’il vient de devenir le meilleur plongeur de la planète. Lui voit encore les points manquants. Alexandre reconnaît aujourd’hui que cette intensité n’était probablement pas toujours saine. Il demeure néanmoins convaincu que, sans cette exigence et sans un entraîneur capable de le pousser aussi loin, il n’aurait pas accompli ce qu’il a accompli. C’est une position inconfortable, mais intéressante : il ne cherche pas à embellir les méthodes qui l’ont façonné, ni à prétendre qu’elles n’ont pas fonctionné pour lui.

3. Deux médailles d’argent, mais deux façons complètement différentes de vivre la défaite

Aux Jeux olympiques d’Athènes, en 2004, Alexandre remporte une médaille d’argent au tremplin de trois mètres. C’est une surprise, une immense joie. Mais trois jours plus tard, il doit participer à l’épreuve qui compte le plus pour lui : le dix mètres, où il arrive avec le statut de favori. Il veut tellement gagner qu’il finit par perdre de vue ce qu’il doit réellement faire. Plutôt que de se concentrer sur ses six plongeons, il pense au résultat qui l’attend au bout. Trois de ses plongeons sont moyens. Il termine quatrième. Plus de vingt ans après, il n’a toujours pas regardé les images de cette compétition. Il refuse même lorsque je lui propose, à moitié en blague, de sortir un écran pour les visionner ensemble. Cette défaite-là est restée quelque part dans sa tête, parce qu’il a l’impression d’avoir laissé passer une occasion qui était réellement à sa portée.

Quatre ans plus tard, à Pékin, il remporte une autre médaille d’argent. Cette fois, son expérience est complètement différente. Il arrive pourtant aux Jeux après s’être fracturé un pied quelques mois plus tôt, en jouant au soccer pendant un échauffement. En finale, il plonge exceptionnellement bien, presque au niveau de son meilleur pointage à vie. Mais le plongeur chinois qui gagne devant son public est simplement imbattable ce jour-là. Alexandre termine deuxième, sans amertume. Il admire même la performance de son adversaire. Deux médailles identiques, deux sentiments opposés. À Athènes, il souffre parce qu’il sait qu’il n’a pas livré ce qu’il avait en lui. À Pékin, il accepte le résultat parce qu’il sait qu’il a fait son travail. C’est peut-être une des distinctions les plus importantes de toute la conversation : parfois, la déception ne vient pas de ne pas avoir gagné. Elle vient de savoir qu’on ne s’est pas donné la chance de gagner.

4. Il a quitté le plongeon sans tomber dans le vide. Jusqu’au jour où il a perdu sa job.

Après les Jeux olympiques de 2012, Alexandre envisage sérieusement la retraite. Il doit se faire opérer au genou et comprend que sa réhabilitation sera plus longue que prévu. Au même moment, une occasion inattendue se présente : on lui propose de coanimer Breakfast Television, une nouvelle émission matinale à Montréal. Il n’a jamais fait ce métier. Il sait se faire interviewer, mais animer une émission, c’est autre chose. Il prévient d’ailleurs le responsable qu’il aura besoin d’être accompagné et qu’il posera probablement un milliard de questions. On lui répond qu’on lui fait confiance. Alexandre accepte. Il passe presque directement d’une carrière sportive ultra structurée à une nouvelle carrière tout aussi intense. Pendant deux ans et demi, il travaille énormément. Il apprend. Il avance. Il n’a pas vraiment le temps de ressentir ce que représente la fin de vingt-deux années consacrées au plongeon.

Puis l’émission se termine pour lui de façon abrupte. On lui évoque des raisons financières, mais Alexandre ne saura jamais exactement ce qui a motivé la décision. Ce qui le blesse particulièrement, c’est la manière. Un responsable le félicite chaleureusement pour l’émission du matin, puis son père, qui agit alors comme son agent, apprend peu après que tout est terminé. Alexandre aurait préféré qu’on le lui dise directement. Et c’est à ce moment-là, sans travail et sans prochain projet clairement défini, que sa retraite sportive le rattrape véritablement. Il se demande ce qu’il fait là, ce qu’il vaut dans ce nouveau métier et si les gens l’engagent pour ses compétences ou simplement parce qu’il est Alexandre Despatie. Le syndrome de l’imposteur l’accompagnera pendant des années. Il lui faudra beaucoup de temps avant de pouvoir dire, sans se sentir obligé de se justifier, qu’il connaît sa valeur comme animateur. Ce qui est frappant, c’est qu’un homme qui n’a jamais douté de sa capacité à travailler fort a dû réapprendre à croire qu’il méritait sa place.

5. Il a encore envie de performer, mais plus à n’importe quel prix

Aujourd’hui, Alexandre retrouve dans les médias plusieurs réflexes développés pendant sa carrière sportive. Avant un événement, même lorsqu’il maîtrise parfaitement son travail, il peut se mettre à ruminer et chercher mentalement une excuse pour rentrer chez lui. Il raconte s’être déjà retrouvé dans un stationnement à imaginer une crevaison qui lui permettrait d’annuler son engagement. Pourtant, il sait très bien qu’une fois entré dans la salle, il va aimer ça. Il aime travailler, rencontrer des gens, animer et sentir qu’il a bien livré. À la fin d’un tournage, il demande encore spontanément ce qu’il aurait pu améliorer. Après des années à recevoir des corrections sur chacun de ses plongeons, la critique ne lui fait pas peur. Elle lui permet d’avancer. La différence, c’est qu’il est maintenant capable de terminer une journée en se disant simplement qu’il a fait une bonne job.

Cette évolution se voit aussi dans ses choix professionnels. Alexandre vient d’une famille d’entrepreneurs, mais il reconnaît sans détour qu’il n’a pas nécessairement leur instinct des affaires. Il a investi dans quelques projets, notamment un café et une entreprise d’eau en canette, sans obtenir les résultats espérés. Il en a tiré une conclusion assez peu spectaculaire, mais probablement très saine pour lui : il n’a pas envie de risquer l’argent qu’il a accumulé pendant des années simplement pour prouver qu’il peut aussi réussir en affaires. Même chose avec les réseaux sociaux. Il sait qu’en refusant de jouer pleinement cette game-là, il laisse probablement des contrats et de l’argent sur la table. Mais l’idée de devoir constamment se filmer, se vendre et courir après les abonnés ne l’intéresse pas. Il préfère travailler sur des projets qui lui plaisent, avec des gens qu’il aime. Et lorsqu’il parle de l’intelligence artificielle et de la direction que prend le monde, il ne cache pas son envie de s’en éloigner : une maison dans le bois, un feu dehors, un peu de Wi-Fi pour Netflix et les courriels. C’est presque drôle d’entendre un homme qui a passé sa jeunesse à vouloir être au sommet de la planète expliquer qu’aujourd’hui, son idée d’une belle vie consiste peut-être surtout à ne plus avoir besoin d’être au centre de l’action.

Qui est Alexandre Despatie?

Alexandre Despatie est un ancien plongeur olympique canadien et une figure marquante du sport québécois. Il commence le plongeon à cinq ans et se fait connaître internationalement en remportant les Jeux du Commonwealth de 1998, à seulement treize ans. Il participe ensuite à quatre Jeux olympiques et remporte deux médailles d’argent, à Athènes en 2004 et à Pékin en 2008. Il est également sacré champion du monde à trois reprises. Après les Jeux olympiques de Londres en 2012, il met fin à sa carrière sportive et amorce une transition vers les médias, notamment comme coanimateur de Breakfast Television. Il poursuit depuis son parcours professionnel à la télévision et dans l’animation d’événements.

Mais ce qui ressort de cette conversation, c’est moins le prodige du plongeon que l’homme qui a dû apprendre à vivre après avoir été ce prodige. Alexandre est exigeant, compétitif, lucide sur ses contradictions et beaucoup plus drôle qu’on pourrait l’imaginer en regardant son palmarès. Il raconte sans détour ses années festives, ses erreurs en affaires, son insatisfaction chronique et les moments où il s’est lui-même compliqué la vie. Il assume aussi une forme de décalage avec l’époque actuelle, sans chercher à se présenter comme un modèle pour les autres. À 41 ans, il n’a pas perdu son envie de bien faire les choses. Il semble simplement avoir moins envie de souffrir pour chacune d’elles. Et pour quelqu’un qui a déjà réussi à devenir le meilleur au monde sans trouver que c’était assez, c’est peut-être un changement plus important qu’il n’y paraît.