Ce que tu vas découvrir dans cet épisode
Cette masterclass avec Isabelle Gauvin part d’une prémisse qu’on oublie souvent : avoir du style n’est pas un talent mystérieux distribué à certaines personnes à la naissance. Ça s’apprend. Ça se travaille. Et surtout, ça peut se simplifier. On parle de détox de garde-robe, de garde-robe capsule, de vêtements de qualité, de proportions, de tendances et de cette méthode toute simple qui consiste à choisir trois mots pour définir comment on veut se sentir avant même de penser à ce qu’on va porter.
Mais on parle aussi de quelque chose de beaucoup plus profond : l’identité. Pourquoi garde-t-on des vêtements qu’on ne porte jamais? Pourquoi continue-t-on d’acheter dans des marques qui ne nous font pas bien? Pourquoi a-t-on parfois peur d’être « trop chic »? Et pourquoi peut-on avoir une garde-robe pleine à craquer tout en se sentant complètement perdue devant elle? Derrière les conseils de stylisme, Isabelle propose surtout une façon beaucoup plus consciente d’aborder notre style vestimentaire : moins acheter au hasard, mieux comprendre ce qui nous ressemble et arrêter de demander à nos vêtements de raconter une version de nous qui n’existe plus.
Les grands thèmes abordés
On décortique le style vestimentaire avec beaucoup plus de stratégie qu’on pourrait l’imaginer : garde-robe capsule, détox de garde-robe, business casual, vêtements de travail, qualité versus fast fashion, proportions, tendances, couleurs, accessoires et magasinage. Isabelle explique aussi pourquoi le contexte compte autant que le vêtement lui-même. Une espadrille peut être parfaite ou complètement détonner. Un jeans peut fonctionner au bureau. Un veston peut transformer un look. Ce n’est presque jamais la pièce seule qui fait le travail, mais l’équilibre entre ce qu’on porte, où on va et ce qu’on veut projeter.
Puis derrière toutes ces règles, il y a une idée que j’ai trouvée beaucoup plus intéressante : notre style devrait évoluer au même rythme que nous. On change de carrière, de corps, de responsabilités, de rythme de vie, parfois même de perception de nous-mêmes, mais on continue souvent à s’habiller avec de vieux réflexes. C’est peut-être là que le vêtement devient lourd. La vraie question de l’épisode n’est donc pas : qu’est-ce qui est à la mode? C’est plutôt : est-ce que la personne que je vois dans le miroir ressemble encore à la personne que je suis devenue?
1. Une garde-robe pleine peut quand même ne contenir absolument rien
Quand Isabelle est venue faire ma garde-robe, j’avais une petite illusion à laquelle je tenais beaucoup : je pensais avoir un problème de stylisme. Je voulais qu’elle m’aide à déterminer lesquels de mes 17 jeans étaient encore bons, quelles pièces assembler et comment mieux utiliser tout ce que j’avais déjà. Sauf qu’en essayant les fameux jeans, on a découvert quelque chose de beaucoup moins sophistiqué : je ne rentrais tout simplement plus dans environ 14 d’entre eux. Ils étaient là. Ils prenaient de la place. Ils donnaient l’impression que j’avais énormément d’options. Mais dans la vraie vie, ils ne servaient à rien. C’est exactement ce qu’Isabelle appelle du bruit.
Sa première méthode est donc presque brutalement simple : tout sortir et tout passer, un morceau à la fois. Est-ce défraîchi? Brisé? Trop petit? Trop grand? Dépassé? Est-ce que ça me rend justice? Est-ce que je choisis réellement ce vêtement ou est-ce que, chaque fois que je l’essaie, il finit sur le lit pendant que j’en mets un autre? L’objectif d’une détox de garde-robe n’est pas d’avoir un beau garde-robe minimaliste pour Instagram. C’est d’arrêter de confondre quantité et possibilités. Isabelle préfère une garde-robe presque vide remplie de vêtements qu’on porterait demain matin à une garde-robe pleine d’illusions, de « peut-être un jour » et de morceaux qu’on garde pour une vie qu’on ne mène même plus.
2. Avant de choisir un vêtement, choisir comment on veut se sentir
La deuxième méthode d’Isabelle est probablement celle qui m’a le plus marquée parce qu’elle inverse complètement la question. Au lieu d’ouvrir son garde-robe en demandant « qu’est-ce que je mets? », elle propose de commencer par trois mots : comment est-ce que je veux me sentir aujourd’hui? Confiante. Crédible. Raffinée. Accessible. Pétillante. Naturelle. Sexy. Edgy. Tannante, même. Peu importe. Ces mots deviennent ensuite un filtre. Pour Isabelle, par exemple, un veston lui apporte de la structure et cette structure lui donne de la confiance. Le vêtement n’est donc plus choisi seulement parce qu’il est beau. Il sert une émotion, une intention et une façon d’occuper l’espace.
C’est là que le style devient beaucoup moins superficiel à mes yeux. On peut débattre longtemps de l’importance qu’on devrait accorder à l’apparence, mais on connaît tous cette sensation d’enfiler quelque chose et de soudainement se tenir un peu plus droit. Le bon vêtement ne crée pas les compétences, l’intelligence ou la personnalité. Il peut toutefois aider à les porter avec plus d’assurance. Et quand notre vie professionnelle nous amène à prendre la parole, rencontrer des clients, diriger une équipe ou être constamment exposée, cette cohérence compte. Pas pour se déguiser en « femme d’affaires ». Au contraire. Pour arriver à montrer une version plus claire de soi-même.
3. Le problème n’est peut-être pas que tu ne sais pas t’habiller
Il y a quelque chose d’assez libérateur dans la façon dont Isabelle travaille avec ses clientes. Plusieurs arrivent en lui disant qu’elles ne sont simplement « pas bonnes » pour s’habiller. Puis elle ouvre leur garde-robe, regarde leurs inspirations et réalise parfois que le problème est beaucoup plus concret : elles n’ont tout simplement pas les bonnes pièces pour créer les looks qu’elles aiment. Impossible de reproduire ce jeans, tee-shirt, veston et chaussure si trois morceaux sur quatre n’existent pas dans le garde-robe. On se pense incompétente alors qu’on essaie essentiellement de faire un casse-tête avec la moitié des morceaux.
C’est là qu’entre la garde-robe capsule. Pas comme une règle rigide où tout le monde devrait posséder exactement le même chemisier blanc et le même pantalon noir, mais comme une logique : moins de pièces, de meilleure qualité, choisies pour fonctionner ensemble. Isabelle parle d’une vingtaine ou d’une trentaine d’items selon notre réalité et nos besoins. Quelqu’un qui travaille cinq jours au bureau n’a évidemment pas la même garde-robe que quelqu’un qui travaille de la maison et passe ses week-ends en vêtements de sport. Le chiffre importe moins que l’intention. Quand les pièces ont été choisies consciemment, on peut créer énormément de looks avec beaucoup moins. Et paradoxalement, avoir moins de choix peut nous rendre beaucoup plus créatif.
4. Acheter plus ne règle pas un problème de style
Je suis particulièrement bien placée pour parler de celui-là. Pendant longtemps, j’ai acheté des vêtements en ligne parce que je les trouvais magnifiques sur la photo. Je pouvais retourner saison après saison vers une marque, recevoir mes morceaux et finalement presque ne jamais les porter. Isabelle m’a fait réaliser quelque chose d’évident que je n’avais pourtant jamais vraiment intégré : toutes les marques ne sont pas coupées pour tous les corps. Je mesure 5 pieds 11. Continuer à magasiner dans des vêtements pensés pour des proportions complètement différentes des miennes, puis me demander pourquoi rien ne tombe comme sur la photo, c’était essentiellement rejouer le même scénario en espérant une autre fin.
Son conseil est de regarder notamment la provenance des marques et les silhouettes pour lesquelles elles sont conçues. Une femme très grande pourra souvent avoir plus de succès avec certaines marques nord-américaines ou nord-européennes, alors qu’une femme plus petite trouvera peut-être plus facilement ses proportions ailleurs. Puis surtout, magasiner avec une liste. Après avoir nettoyé sa garde-robe et essayé de reproduire ses inspirations, les trous deviennent beaucoup plus évidents. Un tee-shirt blanc impeccable. Un jeans actuel. Une chaussure qu’on peut réellement porter toute la journée. C’est moins excitant qu’un coup de cœur aperçu à minuit sur Instagram, je vous l’accorde. Mais c’est aussi comme ça qu’on arrête d’avoir une collection de magnifiques vêtements qui n’ont absolument rien à se dire entre eux.
5. Le style n’est pas la mode — c’est une façon de suivre sa propre évolution
Isabelle insiste beaucoup là-dessus : suivre un minimum les tendances ne veut pas dire devenir victime de la mode. Une coupe de jeans change. Les proportions d’un veston évoluent. Les accessoires reviennent. Après plusieurs années très minimalistes, elle observe par exemple un retour des foulards, des bijoux, des montres et des ceintures. On n’est pas obligé de tout adopter. Dieu merci, parce que j’ai officiellement accepté pendant cet épisode que je ne serai probablement jamais une fille de ceinture. L’idée est plutôt de savoir ce qui existe, de regarder ce qui nous inspire et de choisir là-dedans ce qui nous ressemble. Être de son époque sans perdre son identité.
Et les inspirations comptent justement beaucoup. Isabelle suggère de regarder des personnes dont l’âge, la silhouette ou la physionomie ne sont pas complètement déconnectés des nôtres. Pas pour les copier, encore moins pour entrer en compétition, mais pour développer son œil. C’est peut-être ça, au fond, apprendre à avoir du style : observer, essayer, éliminer, comprendre et recommencer jusqu’à ce qu’on n’ait plus besoin de réfléchir aussi fort. Je pensais qu’Isabelle allait m’aider à mieux m’habiller. Ce qu’elle m’a surtout aidée à faire, c’est rattraper un décalage. Ma vie avait évolué plus vite que ma garde-robe. Une fois que j’avais compris où je voulais aller, il restait simplement à faire suivre l’extérieur. Dress the part.
Qui est Isabelle Gauvin?
Isabelle Gauvin est styliste et entrepreneure. Après des études en communication et un début de carrière en branding, marketing et publicité, elle découvre le métier de styliste en travaillant sur des photoshoots et fonde Isabelle Gauvin Styliste en 2007. Au fil de sa carrière, elle travaille notamment avec des artistes et personnalités publiques avant de développer une expertise importante auprès des professionnel·les, dirigeant·es et gens d’affaires. Son approche croise aujourd’hui le stylisme, l’image personnelle et la réalité très concrète de personnes qui veulent bien se présenter sans consacrer leur vie à penser à leurs vêtements.
Mais ce qui ressort surtout de cette conversation, c’est qu’Isabelle ne semble pas particulièrement intéressée à transformer les gens en fashionistas. Elle veut leur enlever du bruit. Derrière les tendances, les chaussures, les vestons et les garde-robes capsules, son travail consiste beaucoup à observer une personne et à comprendre ce qu’elle essaie de dire avant même qu’elle ouvre la bouche. Le style devient alors moins une affaire de mode qu’une forme de cohérence : savoir qui on est, comprendre la vie qu’on mène réellement et choisir des vêtements capables de suivre.
