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Mélissa Lambert : créer sa propre chance en affaires

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Ce que tu vas découvrir dans cet épisode

Dans cet épisode d’Un café avec Judith, Mélissa Lambert revient sur tout ce qui a précédé la création de Lambert : ses années en marketing, l’école accélérée qu’a représentée Vidéotron, la mentore qui a profondément influencé sa façon de gérer et cette promotion qu’elle voulait tellement, mais qu’elle n’a jamais obtenue. Une frustration qui, avec le recul, lui a probablement donné exactement le push dont elle avait besoin pour arrêter d’attendre la permission et lancer son propre projet.

Mais cette conversation parle aussi beaucoup de maternité, de couple, de culpabilité et de ce que ça demande réellement de faire grandir une entreprise. Mélissa raconte un premier congé de maternité beaucoup moins idyllique qu’elle l’avait imaginé, le lancement de Lambert pendant le suivant, les sacrifices qu’elle a choisi d’assumer, les crises qui lui ont fait peur pour sa marque et cette nouvelle aventure avec Taco qui la replonge aujourd’hui dans l’incertitude des débuts. Parce qu’après avoir réussi une première fois, il faut encore accepter de redevenir débutante.

Les grands thèmes abordés

On parle évidemment de Mélissa Lambert, de la création de Lambert, d’entrepreneuriat féminin au Québec, de marketing, de stratégie de marque, de commerce électronique et de leadership. On revient aussi sur l’importance de comprendre sa clientèle, de surveiller constamment son marché et de ne jamais croire qu’une marque est assez forte pour arrêter de se remettre en question. Une leçon apprise dans les grandes entreprises que Mélissa a ensuite dû réinventer avec les moyens beaucoup plus modestes d’une start-up.

Mais les enjeux les plus intéressants sont peut-être ailleurs : dans la maternité qui ne ressemble pas à ce qu’on avait imaginé, dans la culpabilité qui accompagne certains choix, dans la vulnérabilité d’incarner publiquement sa propre marque et dans l’étrange nostalgie des débuts quand une entreprise devient grande. Mélissa a maintenant connu les deux côtés : construire quelque chose à partir de presque rien et gérer ce qui arrive quand ce quelque chose fonctionne. Alors, une fois qu’on a prouvé qu’on était capable de réussir, est-ce qu’on est encore capable de tout recommencer?

1. Se faire refuser une promotion lui a appris à arrêter d’attendre la permission

Avant Lambert, Mélissa passe plusieurs années dans de grandes entreprises où elle apprend le marketing de façon très concrète. Les magazines lui enseignent à comprendre une cible et à écouter ce que les consommateurs pensent réellement d’une marque. Vidéotron lui apprend la vitesse, la concurrence, l’acquisition, la fidélisation et surtout cette idée qui ne la quittera plus : rien n’est jamais acquis. Même une marque connue partout au Québec doit regarder ce qui se passe autour d’elle, comprendre comment les comportements évoluent et réagir avant de devenir confortable.

Puis sa patronne, qu’elle considère comme une mentore, quitte son poste et l’encourage à appliquer pour la remplacer. Mélissa lève la main. Elle prend plus de responsabilités, travaille davantage et croit que ses résultats parleront pour elle. Ils ne parlent pas assez fort. On lui explique que son nom n’a pas suffisamment rayonné et quelqu’un de l’externe obtient le poste. Elle vit mal la décision. Son attitude change, son évaluation aussi. Jusqu’à ce que sa nouvelle patronne lui suggère que sa place n’est peut-être simplement plus là. La phrase fait mal, mais elle contient quelque chose de vrai. Mélissa réalise qu’elle n’a plus envie d’attendre qu’une organisation décide qu’elle est prête pour la prochaine étape. Si personne ne lui donne l’opportunité qu’elle cherche, elle va la créer elle-même.

2. Bien avant Lambert, elle avait déjà appris à tenir une entreprise debout dans une période impossible

L’entrepreneuriat n’était pourtant pas complètement étranger à Mélissa. Son père possédait un garage à Laval et, alors qu’elle est encore à l’université, il reçoit un diagnostic de cancer du pancréas. Il est jeune, la maladie est agressive et son entreprise repose essentiellement sur lui. À 20 ans, Mélissa quitte donc son emploi étudiant et prend temporairement les commandes du garage pour que son père puisse se concentrer sur ses traitements. Elle informatise ce qu’elle peut, organise les opérations et essaie de comprendre une entreprise dont elle ne connaît pratiquement rien.

Quand il devient clair que son père ne pourra pas revenir, c’est encore elle qui l’aide à vendre. Il faut comprendre la valeur des actifs, dresser l’inventaire, trouver un acheteur et préparer la transition, tout ça pendant qu’elle termine son bac et accompagne son père dans la maladie. Il décédera peu après. Ce n’est évidemment pas le genre d’expérience qui lui donne immédiatement le goût de devenir entrepreneure. Au contraire : elle a vu son père travailler énormément pour son entreprise et il voulait pour elle une bonne job, un diplôme, des assurances, quelque chose de stable. Mais sans le savoir, Mélissa venait d’apprendre très jeune une leçon qui allait lui servir plus tard : quand personne ne connaît la marche à suivre, tu peux quand même commencer par trouver la prochaine chose à faire.

3. Lambert est né pendant une maternité qui ne ressemblait pas du tout à celle qu’elle avait imaginée

Avant d’avoir son premier enfant, Mélissa s’imaginait le congé de maternité comme une des plus belles années de sa vie. Elle avait vu des collègues revenir au travail en pleurant, incapables de quitter leur bébé, et pensait vivre quelque chose de similaire. La réalité est différente. Son fils dort très peu. Elle aime être avec lui, mais trouve difficile de passer ses journées à la maison. Elle finit même par appeler son ancienne patronne pour lui demander de lui envoyer un projet. Pas parce qu’elle aime moins son enfant. Simplement parce qu’elle découvre qu’elle a besoin d’être stimulée par autre chose en même temps.

Quand arrive sa deuxième grossesse, elle sait donc qu’elle ne veut pas reproduire exactement le même modèle. Elle a déjà commencé à réfléchir à une idée : créer un sac à couches qu’elle aurait réellement envie de porter. Elle trouve une jeune designer, développe un premier prototype et commande 2 000 sacs alors que plusieurs personnes autour d’elle trouvent le chiffre complètement fou. Une boutique dans le Vieux-Montréal donne ensuite à Lambert une crédibilité nouvelle et, pendant une semaine de vacances où elle répond chaque matin aux messages des clients, Mélissa comprend que son petit projet est devenu une vraie entreprise. Elle ne retournera pas chez Vidéotron. Le congé de maternité qu’elle avait autrefois eu autant de difficulté à habiter venait finalement de lui offrir l’espace pour changer complètement de vie.

4. La maternité ne lui a pas appris à tout équilibrer, mais à assumer ses choix

Mélissa ne prétend pas avoir trouvé la formule parfaite entre entrepreneuriat et maternité. Avec trois garçons, elle a travaillé avec un bébé dans les bras, allaité entre des meetings et parfois fait des choix professionnels qui venaient avec une bonne dose de culpabilité. Elle raconte notamment avoir envoyé son fils à la garderie pour pouvoir préparer l’ouverture de sa première boutique pendant les Fêtes. Pendant un instant, la question lui traverse l’esprit : est-ce que ça vaut vraiment la peine de manquer ce temps-là avec lui pour vendre des sacs? Puis elle fait son choix, ouvre la boutique et, des années plus tard, dit vivre très bien avec cette décision.

C’est probablement là que sa vision devient la plus intéressante. Pour Mélissa, le problème n’est pas nécessairement de faire des sacrifices. C’est de passer sa vie à s’en vouloir de les avoir faits. Elle refuse d’être au bureau en se sentant coupable de ne pas être avec ses enfants, puis de rentrer à la maison en se sentant coupable de ne pas travailler. Elle préfère se demander ce qu’elle est réellement prête à donner à un projet, vérifier si elle peut vivre en paix avec cette décision, puis l’assumer. Ça ne fait pas disparaître les moments où l’entreprise prend trop de place. Son conjoint doit parfois lui rappeler de revenir vers la famille. Mais plutôt que de poursuivre un équilibre parfait qui n’existe probablement pas, elle cherche une façon de vivre avec ses choix sans être constamment ailleurs dans sa tête.

5. Avec Taco, elle accepte de redevenir celle qui ne sait pas encore

Lambert a grandi rapidement. Mélissa se souvient d’une époque où ils étaient trois dans un petit bureau de la rue Saint-Jacques et venaient d’atteindre trois millions de dollars de chiffre d’affaires. Ils avaient célébré ça avec un gros ballon en forme de trois et un party de piscine. C’était euphorique, un peu naïf, bricolé avec les moyens du bord. Aujourd’hui, Lambert est une organisation beaucoup plus structurée. Les enjeux ont changé. Les décisions sont plus grosses, les risques aussi. Mélissa a même vécu une crise de marque assez violente lors de la saison controversée d’Occupation Double, où elle a compris à quelle vitesse une association commerciale pouvait soudainement mettre des années de travail en danger.

Et malgré tout ça, il y a une partie d’elle qui s’ennuie du début. Pas de manquer de ressources ou de tout faire soi-même, mais de cette sensation où personne ne connaît encore la réponse. C’est précisément ce que Taco lui redonne aujourd’hui. Une nouvelle marque, moins de moyens, aucune garantie que les recettes utilisées pour Lambert vont fonctionner de la même façon. Elle doit repenser le marketing, le contenu et la croissance avec un mindset de start-up. Il y a quelque chose de révélateur là-dedans : après avoir passé des années à bâtir une entreprise solide, Mélissa choisit volontairement de retourner dans une zone où elle peut se tromper. Peut-être parce qu’au fond, ce qui l’anime n’est pas seulement d’avoir réussi. C’est de construire.

Qui est Mélissa Lambert?

Mélissa Lambert est une entrepreneure québécoise, spécialiste du marketing et fondatrice de Lambert ainsi que de Taco. Après des études en communication et en marketing, elle développe son expertise au sein d’entreprises comme Astral Média, TVA Publications et Vidéotron. Pendant son deuxième congé de maternité, elle lance Lambert à partir d’un besoin qu’elle ne trouvait pas comblé sur le marché. La marque de sacs et d’accessoires prend rapidement de l’ampleur et devient une entreprise québécoise reconnue. Aujourd’hui mère de trois garçons, Mélissa poursuit le développement de Lambert tout en revenant en mode start-up avec Taco.

Mais derrière l’entrepreneure qui connaît maintenant les stratégies, les chiffres et les pièges de la croissance, on découvre surtout quelqu’un qui continue de se remettre en question. Mélissa peut parler avec autant de franchise d’une promotion ratée que d’un congé de maternité qu’elle n’a pas adoré, d’une campagne qui a dérapé ou de la culpabilité qui vient avec certains choix. Elle ne semble pas chercher à raconter l’entrepreneuriat comme une succession de bonnes décisions. Son parcours ressemble davantage à une série de moments où elle a dû choisir, assumer, corriger puis recommencer. Et après avoir bâti Lambert, elle retourne volontairement au début avec Taco. Pas parce qu’elle a encore quelque chose à prouver, mais peut-être simplement parce qu’elle aime encore profondément cette sensation de partir de rien.